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XXXIXe journée d'étude : Visite de Gray (70)

Voyage 2017  Gray (70)

 

Comme souvent lors de notre déplacement annuel, le soleil était au rendez-vous pour une sortie qui, le 25 juin 2017, regroupait seulement 31 participants et devait nous conduire dans la bonne cité de Gray (Haute-Saône). Cette participation réduite était due à une température caniculaire qui généra beaucoup d’annulations de dernière minute.

La journée commença par la visite guidée du musée du baron Martin installé dans l’ancien château de Gray, réaménagé de 1777 à 1783 par le comte de Provence, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII. De la forteresse médiévale il ne subsiste que la tour du Paravis marquant l’entrée, et les caveaux du château, tous deux du xive siècle. Dans les magnifiques caveaux sont présentés les objets issus de fouilles archéologiques locales (armes, objets de la vie quotidienne, sarcophages…) ainsi qu’une belle série de vases grecs des ive et ve siècles avant notre ère. Les beaux salons du rez-de-chaussée accueillent des sculptures et des peintures de la fin du Moyen Âge au début du xxe siècle. L’école française est bien représentée, en particulier par Boucher (Le galant colporteur), Vouet (La joueuse de luth), Van Loo (L’enfant au chien), Oudry (Autoportrait), sans oublier les écoles italienne (Domenichino), flamande ou hollandaise (gravures de Rembrandt). xixe et début du xxe siècles sont à l’honneur avec en particulier les pierres lithographiques de Fantin-Latour, les tableaux de James Tissot, Steinlen, Albert Besnard et Aman-Jean, sans oublier la très belle collection de pastels et dessins de P.-P. Prud’hon (1758-1823).

La bibliothèque patrimoniale nous offrit ensuite ses richesses. Elle a pour origine les saisies révolutionnaires faites dès 1789. La plupart des manuscrits et incunables proviennent des nombreuses communautés religieuses de la ville et des environs. La bibliothèque contient environ 25 000 volumes. Transférée au collège des jésuites au début du xixe siècle, elle fut ensuite installée dans l’actuel bâtiment spécialement construit en 1858, voisin de l’hôtel de ville. Plusieurs « trésors » nous furent présentés parmi lesquels on retiendra particulièrement l’Astronomie de Bassantin (1599) dont il n’existe que quatre exemplaires au monde. Il faut louer le mérites de la conservatrice du musée et de la bibliothèque qui nous offrit deux remarquables visites où s’exprimaient à la fois sa passion communicative et ses immenses connaissances.

Après des moments aussi riches, une pause était indispensable. Elle eut lieu dans les locaux magnifiques du restaurant « La Prévôté » qui nous servit un beau menu comprenant apéritif maison, soupe de melon au muscat, filet de canette aux griottines, framboisier, café, le tout arrosé au blanc des coteaux bourguignons et au moulin à vent. La satisfaction fut générale, d’autant plus que l’épaisseur des vieux murs garantissait une fraîcheur très appréciée par ces temps de lourde canicule. Nous étions bien armés pour affronter la suite du programme, la visite guidée de la ville haute.

Celle-ci commença par la basilique Notre-Dame. L’église primitive du xiiè siècle, détruite par les guerres de Louis XI, fut reconstruite entre 1478 et 1559. La façade occidentale ne fut terminée qu’en 1863 par le porche néogothique. Le tympan, martelé à la Révolution, fut sculpté par Grandgirard. L’intérieur est très représentatif du dernier gothique comtois : piliers dépourvus de chapiteaux recevant directement les arêtes de la voûte, absence de niveau intermédiaire entre les grandes arcades et fenêtres hautes du vaisseau central de la nef, recherche de la verticalité. L’édifice abrite un orgue d’origine (Valentin et Riepp du xviiie siècle), ainsi que d’intéressantes collections d’art et de mobilier : un Christ au tombeau de Lulier (xvie siècle), une chaire et un Christ en bois lui faisant face (xvie siècle), un exceptionnel Arbre de Jessé (arbre généalogique du Christ) sculpté dans le remplage de la baie axiale du choeur et qui mesure 11,5 m de haut. L’église a depuis 1948 rang de basilique du fait de la présence en ses murs d’une petite statuette miraculeuse de la Vierge (Notre-Dame de Gray) et du cœur de Saint Pierre Fourier.

 

La visite se poursuivit par l’hôtel de ville, chef-d’œuvre de la première Renaissance comtoise, et bâti de 1567 à 1572. Sa façade, longue de 37 m, est rythmée de colonnes d’ordre corinthien au rez-de-chaussée et composite à l’étage. L’architecte bisontin Richard Maire a joué sur la polychromie des matériaux : du mur calcaire se détachent les colonnes en marbre rose de Sampans (Jura). Il s’ouvre sur la place par neuf arcades en plein cintre et à l’étage les baies s’embellissent d’entablements surmontés de volutes d’acanthes. Au centre se trouvent les armes et la devise de la ville. Coiffé d’un beau toit bourguignon en tuiles vernissées, le bâtiment avait une double fonction : administration municipale à l’étage et boutiques au rez-de-chaussée. À gauche de la façade, le cadran solaire déclare Lucem demonstrat umbra, qui peut se traduire par « l’ombre dénonce la lumière ».

Ce fut ensuite la découverte de l’hôtel Gauthiot d’Ancier. Le bâtiment, commencé par Guy Gauthiot à la fin du xve siècle, fut achevé par son fils Simon, prévôt de l’Empereur et personnage de grande influence de 1538 à 1548. L’édifice met bien en évidence la transition entre le style gothique et le style renaissance. À l’arrière du bâtiment se trouve une tour (tour Pierre Fourier), surmontée d’un bel escalier pivotant en bois. Une fois tourné, il dissimule l’entrée d’un studiolo (petit cabinet de méditation et de travail), aménagé par le propriétaire Simon Gauthiot , et ayant servi de refuge à Pierre Fourier qui avait fui la Lorraine envahie par les troupes françaises et la vindicte particulière de Richelieu. La visite se termina par le beau théâtre à l’italienne construit entre 1846 et 1849 d’après les plans de l’architecte bisontin Jean-Baptiste Martin. La salle de spectacle a conservé tous ses décors : plafond rayonnant illustré de muses et de bacchantes, rideau de scène, loges d’avant-scène. La scène a conservé l’essentiel de sa machinerie d’origine. Au cours de ce riche après-midi, nous n’avons eu qu’à nous féliciter de la compétence, de la disponibilité et de la jovialité de notre guide.

Après cette journée aussi passionnante que caniculaire... aux multiples aspects originaux, le retour se fit rapidement. Nos remerciements très chaleureux vont à Denise Hugon, notre fidèle et toujours efficace responsable des sorties qui organise comme chaque année avec autant de rigueur que de passion nos journées d’études si appréciées car elles associent avec bonheur découverte culturelle, convivialité et bonne chère.

 

Légendes

Au musée Baron Martin. © Claude Canard
La bibliothèque patrimoniale de Gray compte environ 25 000 volumes.© Claude Canard
L’hôtel de ville de Gray. © André Bouvard

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