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La redécouverte des décors intérieurs du temple Saint-Martin de Montbéliard :

15 février 2020
La redécouverte des décors intérieurs du temple Saint-Martin de Montbéliard :

apport à la connaissance de l'œuvre d'Heinrich Schickhardt (1558 - 1635),
 

Conférence par : Matthieu FANTONI, Gabriela GUZMAN, et André BOUVARD.

 

 

 

 Ci-contre : André BOUVARD

 Ci-contre : Gabriela GUZMAN

 

 

 

 

Ci-contre : Matthieu FANTONI.        

CONFERENCE DE LA SOCIETE D’EMULATION SUR LE TEMPLE SAINT MARTIN  

     Terre francophone, appartenant à l’Empire germanique, le comté de Montbéliard adopte la Réforme dans le second quart du XVIe siècle, après une première tentative avortée (1624), proche de la révolte de Luther contre la papauté (1517). Après l’Interim, un retour au catholicisme imposé par l’empereur, ses comtes rétablissent le luthéranisme. Dès 1560, les guerres de religion déclenchent un afflux de réfugiés huguenots adeptes du calvinisme à Montbéliard. En 1586, leur nombre représente 15% de la population locale. Le luthéranisme est contesté. La même année, un colloque entre luthériens et calvinistes ayant échoué, le prince Frédéric de Wurtemberg impose le luthéranisme comme religion d’Etat. Le plafond de l’hôtel du Lion Rouge peint vers 1582 témoigne de l’adoption de la Réforme à Montbéliard. Les scènes représentées sont empruntées à l’iconographie protestante. Elles sont associées à de très courts textes bibliques.

     Bâti de 1601 à 1607 par l’architecte Heinrich Schickhardt sur ordre du duc Frédéric de Wurtemberg, le temple Saint-Martin est aujourd’hui le plus ancien lieu de culte protestant conservé en France, tous les autres temples (Charenton, La Rochelle, Lyon…) ayant été détruits sous Louis XIV, un peu avant la révocation de l’édit de Nantes (1685)

     L’édifice est construit à l’issue d’un long voyage dans la moitié nord de l’Italie, au cours duquel le prince et l’architecte s’intéressent aux édifices de la Renaissance et de l’antiquité romaine. Il reprend le plan de la basilique romaine antique, le double carré, et s’inspire du décor extérieur des églises italiennes du XVIe siècle : ordre colossal, frontons courbes et triangulaires brisés.

     Intérieurement le temple ne montre presque plus rien de son état d’origine, à l’exception du plafond à caissons qui remonte à l’époque de la construction. La grande rénovation entreprise dans la première moitié du XIXe siècle en a modifié l’organisation et le décor. Le sondage opéré en 2019 dans une travée test a permis de retrouver les décors peints initiaux, ceux que signalaient les comptes de construction qui ont été intégralement conservés. Il s’agit d’une reproduction en trompe-l’œil des décors extérieurs, frontons courbes et triangulaires, que l’on retrouve aussi dans la niche derrière l’autel que surmontait un décor en coquille. Les couleurs choisies sont le bleu, le noir, la couleur pierre et le blanc de chaux. Au niveau de l’entablement, sous la couche de plâtre, est apparu un chapiteau de pierre identique aux chapiteaux de la façade extérieure. Les grattages au plafond ont permis de retrouver deux couleurs d’origine : l’or et le gris-pierre. Mais les autres décors sont masqués par une épaisse couche de plâtre.

     Ces décors très originaux, voire uniques par leur sobriété, soulignent encore plus l’intérêt de cet édifice représentatif de l’architecture protestante du début du XVIIe siècle. Comme le souligne le pasteur Cucuel dans son sermon de 1607, ils marquent la volonté de s’opposer à l’ostentation des églises catholiques et de concentrer l’attention des fidèles sur l’essentiel : la Parole de Dieu. Ils posent aussi la question des influences, les décors de Saint-Martin étant par leur austérité plus proches des idées de Calvin que de celles de Luther.

     Le financement de la rénovation de l’intérieur du temple est désormais en grande partie assuré grâce à des subventions et à des aides, dont celle de la mission Bern. Les travaux devraient commencer dans le courant de l’année 2021. Ils englobent l’électricité, le chauffage et la restauration du mobilier. Les églises contemporaines de notre temple :

     - Eglise de Freudenstadt (Bade-Wurtemberg) : début des travaux : 1601, achèvement : 1615, destruction partielle par le bombardement de 1945.

     - Eglise de Dieffenbach (Bade-Wurtemberg) : les décors datent de 1621

     - Eglise de Pfaffenhoffen (Bade-Wurtemberg)

     - Eglise de Sulzbach (Bade-Wurtemberg) : décors catholiques XIVe s., protestants XVIe, XVIIIe, XIXe siècles.

Dans ces édifices, les fresques sont souvent associées à des textes bibliques.

 

                           Texte rédigé avec l’aide de la bibliothèque de Bart.

Conférence suivante : le samedi 21 mars 2020 !

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